Fonds secondaires et de co-investissements : quelles solutions de liquidités ?

Cette analyse est un panorama dressé sur la période 2021-2023. Y sont analysées l’évolutions des différentes sources de financement des entreprises : financement de marché (actions, taux), financements privés et participatifs. Ces données permettent de mieux comprendre les segments de marché privilégiés par les investisseurs institutionnels à date, dette privée ou encore marché secondaire, dans un contexte où le durcissement des conditions de crédit fait que les entreprises ont du diversifier leurs sources de financement / de refinancement ; et où les impératifs de transformation nécessitent des financements longs.

Le panorama du financement aux entreprises

Plus que jamais les PME et ETI françaises ont besoins de financements : en fonds propres et quasi-fonds propres mais également sous forme de dette, privée ou bancaire, dans un contexte de baisse continue de l’endettement net des entreprises en France depuis 1996 (cf. rapport sur la situation des TPE-PME, Banque de France) exception faite de la hausse de 2020 liée à la crise sanitaire (700.000 Prêts Garantis par l’Etat – PGE – accordés pour 145,1 milliards d’euros).

Selon la Banque de France, le financement des entreprises reste globalement bien assuré à fin 2023. Le crédit bancaire est moins dynamique mais en lien avec une demande plus réduite dans un contexte de remontée des taux d’intérêt (coût moyen 4,66% à fin juin 2024). Depuis avril 2023, le financement de marché (ie, 3,89%) retrouve un coût inférieur au financement bancaire (ie, 4,23%) pour les nouveaux crédits bancaires supérieurs à 1 millions d’euros. Par ailleurs, les financements accordés aux entreprises ont augmentent, à nouveau à fin juin 2024 (+2,0%), grâce à la progression des financements par titres de dette (lignes de découverts, prêts à terme, obligations, les billets de trésorerie, etc.) et des crédits bancaires, composés des crédits de trésorerie (en baisse) et des crédits à l’investissement (en hausse). A noter que les crédits mobilisés sont toujours très différenciés selon les secteurs économiques (dynamique pour les secteurs du conseil, services, communication mais contraction pour les activités industrielles, le commerce, la restauration-hébergement, etc.).

Comme expliqué ci-dessous, les capitaux apportés par les différents financements de marchés aux entreprises en France évoluent différemment :

Premièrement enseignement : la prédominance « d’une économie de fonds propres », les flux du capital investissement sont fléchés à 80% vers des PME. Les institutionnels délaissent de plus en plus les marchés financiers des « petites » valeurs. Deuxièmement : la dette bancaire est devenue moins disponible en quelques semaines fin 2022, les acteurs dits de la « dette privée » ont pris le relai. Les conséquences sont bien connues avec des hausses à la fois des taux d’intérêt (0% à 4%) et des marges (450 à 700 bps) appliquées à ce taux qui ont sérieusement impactés les taux de rendement interne – TRI – des deals de financement / de refinancement des transactions (chute en valeur et en volume du marché du M&A)Troisièmement : l’ajustement nécessaire – et mécanique – des niveaux de valorisation dans un marché où l’attentisme est la règle ; sachant que les prix de cession sont le résultat combiné de la croissance (chiffre d’affaires) et du résultat d’exploitation (EBIT) des entreprises qui ont été sérieusement impactés par l’environnement macro économique. Quatrièmement : le boom du marché obligataire en 2023. Cinquièmement : un marché du crowdfunding stable mais resté à un niveau très bas !              

Euronext vs. Capital-Investissement

De l’analyse des témoignages des acteurs du financement, il ressort que le contexte macro-économique et l’environnement financier conduisent à un renforcement des financements en fonds propres. Une sélectivité accrue s’opère ainsi qu’un impact fort (à la baise) sur la valeur des actifs notamment en ce qui concerne les entreprises de croissance. Ces évolutions ont et vont continuer de profondément modifier les conditions d’accès au financement des entreprises.

Les marchés d'actions, Euronext Paris

Les financements apportés par les marchés actions sont ceux qui diminuent le plus depuis 2021

Face à un marché (primaire) des IPO compliqué, les investisseurs ont préféré se repositionner sur le marché (secondaire) des levées de fonds moins risqué avec des entreprises plus matures et de plus grande taille. Les introductions en bourses ont en effet brutalement chuté et dans une moindre mesure les levées de fonds dans le cadre de levées secondaires. Les raisons sont multiples : niveau de valorisation des IPOs, coûts et processus des IPOs, éligibité des candidats à la bourse, etc.  

Pour rappel, Euronext Paris est composé de trois sous segments de marché (Euronext, Euronext Growth et Euronext Access) et totalise un peu plus de 820 sociétés cotées dont approx. 400 PME, 300 ETI, 120 grandes entreprises et quelques SPACs. 

Les statistiques produites par l’OFEM[1] permettent de suivre l’activité des marchés primaires et secondaires et l’ensemble des apports nets de fonds propres aux entreprises en général. Les chiffres sont nettement orienté à la baisse à la fois pour les introductions en bourse (-80% passant de 4 Md€ en 2021 à 460 millions € en 2022) et les financements secondaires qui ont été divisés par 2 entre 2021 et 2022 avec 11,4 Md€ mobilisés dans 180 entreprises contre 23 Md€ en 2021.

Ces chiffres sont à rapprocher des tendances au niveau mondial : des IPOs en baisse de plus de 70% (608 Md$ en 2021 à 173 Md$ en 2022 pour 1.154 IPOs dont 102 en Europe pour 16 Md€) et financements secondaires divisés par 2,5 entre 2021 et 2022 (823 Md$ en 2021 à 341 Md$ en 2022). 

La dernière étude du marché français réalisée par EY[2] confirme cette tendance : 33 IPOs pour 86 millions d’euros de financements mobilisés en fonds propres en 2021, 11 IPOs pour 27,7 millions d’euros mobilisés en 2022 et 6 IPOs pour 10,3 millions d’euros mobilisés sur l’année 2023 qui s’est inscrit à son plus bas (inférieur à 2020). Les opérations primaires sont en conséquence en très net retrait sur l’Euronext Paris. De même, les montants totaux des levés de fonds se sont significativement contractés : 2,8 Md€ levés en 2021, puis 0,3 Md€ en 2022 et 62 millions d’euros en 2023.  

A noter enfin que 25 sociétés cotées sur Euronext Paris sont sorties de la cote et 11 sociétés sont entrées en bourse en 2022, soit un flux net négatif (-14) soutenu par les fusions-acquisitions après une année 2021 marquée par un flux positif (+7). Cette tendance s’est aggravée en 2023 (flux net négatif -25) du fait de 31 sorties de cote dont 14 retraits (y compris 2 SPACs) et 9 liquidations. 

La question de la valorisation des entreprises à l’entrée en bourse continue de se poser, la correction intervenue en 2022 ayant surtout concerné les marchés boursiers et peu encore le capital investissement. Les fonds préfèrent pour le moment se refinancer en empruntant sur les marchés plutôt que de désinvestir, ce qui a des conséquence sur toute la chaîne de financement et sur les introductions en bourse (taille des entreprises introduites, leur niveau de liquidité, etc.).

[1] L’Observatoire du Financement des Entreprises par le Marché, cf. dernier rapport annuel de l’OFEM 2022/2023 publié le 19 février 2024 [2] cf. 15ème observatoire des offres publiques EY portant sur les sociétés cotées en France

Le non coté ou Capital-Investissement

La chute des montants investis par les acteurs du capital investissement (hors infrastructures et dette privée) ont subit des baisses beaucoup plus modérés depuis 2021.

Les données sectorielles sont largement commentés dans nos articles « Décryptage et tendance du capital investissement » et « Marché cu capital investissement » 

Les investissements réalisés par les fonds d’investissement sont souvent mixtes (fonds propres, obligations convertibles en actions et dans une moindre mesure apports en compte courant d’associés) et reconnus dans l’industrie en tant que fonds propres et quasi fonds propres. 

C’est au cours du second semestre 2022 (30% de baisse par rapport à 2021) que la baisse d’apport en fonds propres par les fonds a été la plus sensible, les montants étant relativement stables depuis (11 Md€ investis par semestre en moyenne). 

Autre phénomène comparable aux marchés d’actions : alors que 48% des apports en fonds propres par les fonds étaient investis dans des entreprises ouvrant pour la première fois leur capital à un fonds (marché primaire, moyenne 10 ans), 2023 marque une baisse de 10% par rapport aux moyennes historiques : seulement 38% des investissements correspondaient à des opérations primaires en 2023 et 25% pour les six premiers mois de l’année 2024 ! 

Par ailleurs, les ruptures comme l’IA et/ou les nouvelles normes comme l’ESG sont synonymes d’une sélectivité accrue tant chez les investisseurs – qui doivent être en mesure de contribuer à la création de valeur – que chez les entrepreneurs – marquant un retour aux fondamentaux ; à savoir des plans de croissance sous-tendus par de vraies thématiques.

Tout ceci implique un surcroit de complexité dans l’exécution des deals et/ou une remise à plat des options d’exits au sein du triumvirat composé des industriels, des fonds d’investissement et des marchés (IPOs) ainsi qu’une part croissance des transactions secondaires et/ou de réinvestissement dans les plus grosses opérations.

Vers une économie de fonds propres ?

Sur la période, la Banque de France précise, alors que le crédit bancaire continue de se montrer dynamique, que le taux d’endettement des PME poursuit sa baisse tendancielle avec un levier moindre du fait d’un renforcement marqué des capitaux propres (max. 50% de leurs ressources financières, cf. graphe) et d’une trésorerie qui demeure élevée même si elle recule nettement fin 2023 à 50 jours de chiffre d’affaires (PME, médiane).

Les niveaux de trésorerie restent donc globallement meilleur que ceux d’avant crise sanitaire.

L'émergence de la Dette Privée

Alors que les niveaux de valorisation du non coté se maintiennent, on assiste, de manière totalement contre-intuitive, à la montée en puissance des financements par les instruments de dette privée. 

Même les grandes entreprises, au regard des montants que ces fonds sont capables de mobiliser, ont recours à ces financements.

Ces financements se structurent et s’organisent pour répondre plus efficacement aux nouveaux besoins de financement des entreprises.